Professeur documentaliste

Parlons de chose qui fâchent.

Quand je mentionne mon métier, professeur certifiée de documentation (enfin ça ça doit être mon statut) hors d’un collège ou d’un lycée, la première réaction, plus ou moins déguisée, plus ou moins rigolarde, est : « Mais qu’est-ce que tu fais à part dire chut et ranger des livres ? »

Plus énervant, quand j’exerce mon métier, dans un collège ou un lycée, je côtoie des tas de gens – profs, CPE, équipe de direction et j’en passe- qui n’ont aucune idée de ce qu’est un CDI, et du rôle que le professeur documentaliste y tient. Pas tout le monde, heureusement, car c’est avec et grâce à tout ce monde-là qu’on fait notre boulot ou pas, mais une proportion effarante, de l’ordre, à la louche, d’une bonne moitié des collègues.

Alors, juste pour ceux que ça intéresse, le protocole d’inspection des professeurs documentalistes. Ce pour quoi nous sommes là. Alors oui, nous avons moins de copies à corriger que les collègues, mais cela signifie-t-il vraiment qu’en 30h par semaine sur place, nous n’avons plus qu’à nous occuper du chat en rentrant chez nous [étant donné que la documentaliste est une vieille demoiselle aigrie à chats, NDLR] ?

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Affolement dans les flux

Cher petit blog,

Tu m’agaces. Cela fait trois ans et quelques que, cahin-cahant (c’est joli comme expression ça, cahin-cahant, tu sais d’où ça vient ?), on fait un bout de route ensemble. D’abord je t’ai caché, il n’y avait que le Taffreux et des anonymes (en fait ils avaient des noms, mais je connaissais que leurs pseudos) qui te lisaient. Je me cachais aussi derrière toi, je faisais ma légère, ma rigolote, ma cynique parfois, ma grande fille toute simple qui s’étonne d’être compliquée.

Puis comme tu étais quand même très moche, je t’ai déménagé, sur les conseils de Julie. Dans cette deuxième peau, tu as pris un peu plus tes aises, tu as bourgeonné de recettes de cuisine, de billets à vocation humoristique, de tranches de vie, de paroles de chansons. J’ai rencontré des vrais gens derrière les anonymes, ils m’ont apprivoisée, certains se sont ancrés dans ma vie, d’autres sont repartis et certains me manquent, mais je suis joyeuse de tous. Et puis, à un moment, des pas-anonymes ont eu mon adresse (pas parce qu’ils sont futés, parce que je leur avais donnée).

Dans le même temps, ma vie a tremblé, et j’en ai parlé, alors que jusque là, malgré les apparences, je n’avais pas franchi la porte de ma propre discrétion. Tu es devenu un intime, un confident au lieu d’être juste le copain qu’on voit dans un café. Je t’ai beaucoup dit de ce qui me déchirait, de ce qui m’illuminait aussi. J’ai parlé de rupture, d’amour, de chagrin, de peurs.

Comme je ne pouvais pas tout dire non plus, j’ai ouvert un blog secret, pour les billets les moins avouables. Puis je me suis sentie mal de tout ce débordement et je t’ai abandonné.

Par quatre fois j’ai été encore infidèle, sur quatre blogs différents : sur l’un je parlais écologie, sur un autre Toulouse, sur les restants d’un peu de tout. Mais je ne te retrouvais pas, tu me manquais un peu, et je me sentais dispersée. Je t’ai retrouvé, nous avons déménagé. Et c’est sur un autre ton que nous avons renoué le dialogue, un ton plus écrit, moins ouvert à l’autre.

Tu m’agaces, donc. Je t’aime bien, tu fais un peu partie de moi,  mais je te trouve un peu snob, un peu hautain. Et puis tu ne me laisses jamais en placer une sur ce qui me touche au plus près : mon boulot de professeur-documentaliste, mon engagement d’objectrice de croissance, le combat antipub …

Je ne vais pas te fermer encore une fois. Nous allons sans doute déménager, puisque l’ami Mille-Pattes m’a concocté un design qu’il est trop bien (oui et je dis « qu’il est trop bien » si je veux, décoince toi un brin), mais avant ça, et après aussi, on va de nouveau parler écologie, militantisme, éducation aux médias et tout le tintouin. Et je vais de ce pas (enfin le prochain, parce que là, je devrais être en train de bosser une séance sur la lecture d’image justement) récupérer à droite et à gauche les billets de mes autres blogs qui en valent la peine, avant de les détruire.

Cher blog, j’espère que tout cela te plaît. Moi, je suis enthousiaste.

Je t’embrasse le pixel,

zelda.

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3h37

3h37. L’insomnie, ma compagne aléatoire, me rend visite, malgré le talisman de son tee-shirt comme oreiller. Il faut croire que son odeur s’était évaporée, que je l’avais usée toute à trop y chercher un abri.

 3h39. Ne pas lutter, ne pas se lever. Attendre. Une demi-heure. Une heure. Respirer par le ventre ; ne pas penser que, loin de moi, quelqu’un tente de trouver le repos dans l’abrutissement des somnifères et des médicaments qui l’empoisonnent peut-être davantage qu’ils ne la sauvent.

 4h50. Céder, et lire un peu. Un polar sanglant. Tant pis. Ne toujours pas se lever, car sinon, à l’heure d’aller travailler, le découragement et la fatigue en feront une excuse. Se rendormir, tout de même, un peu.

 6h20. Sonnerie du réveil. Eteindre. Se lever, se doucher, s’habiller. Faire un peu trop de bruit, un peu trop de va et vient, mettre de l’eau froide dans son thermos, pester, mettre du thé chaud à la place. Préparer à la va-vite le repas du midi, hésiter à refermer la porte à clé, se souvenir que la coloc n’a pas les siennes, laisser ouvert.

 6h45. Filer à la gare en vélo pour la première fois, éviter les balayeuses apparemment aveugles, les contresens, louvoyer entre les piétons heureusement rares, piétiner aux feux rouges. Arriver en nage, attacher le vélo devant la gare.

 7h12. Dans le ventre ronronnant du train, essayer de se rendormir malgré la migraine. Pourquoi est-ce par les matins maussades que les gens me heurtent de leurs sacs ou de leurs coudes dans leurs va-et-vient ?

 8h33. Dernier arrêt avant le mien, un coup de manche sur la paupière me réveille. J’ai froid, je m’emmitoufle dans mon foulard, dégaine mon thermos, prend mon petit déjeuner – muesli, fromage blanc fermier, confiture et fruits secs. Dans dix minutes je serai sur le parvis de la gare et la journée sera officiellement commencée.

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Mon quotidien (une dose, en vrac)

Il paraît qu’ici, je ne parle pas vraiment de mon quotidien. Cela me laisse un peu songeuse. J’ai l’impression d’être très intime dans ce que je livre ici, de souffler ces mots très près de moi.

Il est vrai que, si vous ne m’avez jamais vue, peut-être suis-je difficile à deviner. Tout de même, mon âge, vous le connaissez, le métier que je fais, l’amour que je vis, les combats que je tente. Une bonne partie de mes névroses et de mes farfeluteries aussi !

Ce matin, l’air pourtant doux de la ville portait sur mes lèvres une promesse d’hiver, comme si déjà le givre se préparait sous un déguisement d’été indien. J’ai acheté un thermos et j’emmène partout avec moi un peu du douillet du petit déjeuner. Tout à l’heure, je l’ai oublié à un de mes lieux de travail et je trouve d’avance difficile de m’en passer demain.

Je suis tentée, parfois, de ne dire que des choses importantes. Pas ici seulement, toujours. De ne plus jamais ouvrir la bouche pour une parole qui ne sonnerait pas exactement juste à mes oreilles, à ce moment précis. Mais je suis bavarde et j’aime la jasette, la mienne et celle des autres, les confidences de la boulangère, les mille tracas dérisoires ou engouements de mes collègues, le récit des journées comme les autres. Il n’y a eu que quelques fois, avec un seul être, qui se reconnaitra peut-être ou peut-être pas, que j’ai effleuré cette grâce ambigüe de ne dire que le nécessaire, et pas plus, et au moment exact de son éclosion.

Tout à l’heure, un jeune homme de mon âge, et prof comme moi, m’a retenue pendant presque une heure pour ne rien me dire ou presque. Puis, alors que depuis un quart d’heure je lui répondais en retenant la porte que j’avais cru pouvoir fermer sur moi en partant, il s’est excusé très brusquement et s’est quasiment sauvé. Un mystère … peut-être était-il envoyé par des services très secrets pour me retenir en salle des profs alors que quelque chose d’absolument dingue se passait dehors ? D’ailleurs, en traversant l’immense parc qui sert de cour à mes chanceux élèves, j’ai trouvé un badge « Say no to drugs ». C’est sûrement un indice, mais de quoi ?

Je sais bien que ce blog a changé de visage depuis que je l’ai repris. Je ne sais pas vraiment s’il me plaît davantage ainsi, mais d’une part, ce n’est pas très important (ce n’est qu’un blog, qui n’a aucune autre prétention que de me faire plaisir, ou de me défouler, ce genre de choses), et d’autre part, c’est qu’il coule de cette façon. Même si cela m’ennuie un peu qu’il soit aussi orienté vers mon nombril (mes plus vieux lecteurs se souviendront d’une photo …), même si je me rends bien compte qu’il crée moins de contacts, d’échanges qu’avant et que certains de ceux-ci me manquent un peu, il s’agit bien ici d’un blog sans vocation qui ne fait que raconter ce qui lui passe par ma tête.

L’homme que j’aime et moi parlons de vivre ensemble à la rentrée prochaine. C’est inattendu, et à vrai dire sûrement irréalisable, mais c’est désaltérant de songer ce songe. Il s’est coupé les cheveux et ça lui va bien. Il ressemble davantage à son petit frère ainsi, et pourtant son visage quitte un peu plus l’enfance quand mes doigts ne s’accrochent plus dans ses boucles .

A voir …

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La soupe à l’engrais

Un petit fumet de soupe à la grimace …

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Cocon

Au retour de jours douillets … Deux jours et trois nuits dans la chaleur de ses bras, pas mécontents au fond des trombes d’eau qui excusent notre envie de rester entre ces quatre murs. Deux jours et trois nuits de murmures, de silences, d’éclats de rires et de chansons à deux voix ; des heures devant nous, pour, alanguis, se laisser rêver à nos projets, pour que la cuisine mijote, que le pain lève, que les sucs se mélangent et réduisent … Des heures où rien n’est crucial sauf le contact de nos peaux, où rien n’est urgent sauf le désir et les baisers, où l’on oublie le temps pour mieux le savourer.

Je sais bien que ce n’est pas ça ma vie.
Non : je sais bien que ce n’est pas que ça ma vie. Que je dois me porter vers de plus amples projets que cette tendresse, que le repos miraculeux que m’offrent ses bras, que les plages de merveilles tout contre son torse … Je sais combien il est dangereux de se laisser aller à une telle douceur, à une telle langueur, à l’intimité comme idéal. J’ai déjà sacrifié un amour pour l’apprendre.
Je sais qu’ici sont ma halte et mon repos, l’endroit où je nourris mes forces, où je cisèle mes volontés, mais que le combat vital est ailleurs. Que je dois sentir ma colonne vertébrale, et non m’appuyer sur la sienne, si solide et amicale soit-elle. Je sais que notre vie à deux saura être plus que cela seulement, qu’elle franchira le cadre accueillant de notre amour à tous les deux pour aller vers. (Vers quoi ? Je n’en suis pas bien sûre encore)
Je sais aussi qu’il me faudra trouver mes chemins, à côté des siens et non dans ses ornières, qu’il nous faudra être vigilants, y consacrer autant d’énergie que nous nous donnons de tendresse.
Je ne sais pas si tout cela aura lieu, mais je crois que c’est possible. Et que l’escale de ces deux jours et trois nuits est de celle qui ne promettent rien mais permettent tout aux lendemains.

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Regimbe

Un jour
Un jour je m’attendais moi-même
Je me disais Guillaume il est temps que tu viennes
Pour que je sache enfin celui-là que je suis

[…]
Un jour je m’attendais moi-même
Je me disais Guillaume il est temps que tu viennes
Et d’un lyrique pas s’avançaient ceux que j’aime
Parmi lesquels je n’étais pas

(Guillaume Apollinaire)

Je parlais ici des signes. Il en est un, le plus insistant, que j’ai tu.
Depuis quelques mois, et de plus en plus, le murmure me dit de faire attention à ce que je dis, à mieux peser mes mots, à ce que « ma parole soit impeccable ». A arrêter de me cacher derrière les moqueries, l’ironie facile, le bavardage. A rendre à mes mots leur poids et leur sens, à ne pas les disperser, les gâcher dans leur multitude. Et aussi, de laisser plus d’espace à la parole de l’autre, quelle que soit le contexte, à la fois d’écouter vraiment ce qui se dit, et me mettre en recul par rapport à ce qui est dit, distinguer ce que l’on me donne et ce que cela provoque en moi.
Avancer sur le chemin de la communication non-violente. Me centrer, me solidifier, m’ancrer en moi-même, pour pouvoir laisser enfin leur place pleine aux autres, ne pas me sentir envahie par le trop-plein de leur présence, ne pas m’en protéger maladroitement.

Je sens que je progresse sur ce chemin, que je vais passer bientôt une étape. Et comme cela arrive souvent au tournant d’un parcours difficile, alors que jusque là ma progression, même éprouvante, était continue, tout d’un coup tout regimbe et s’hostile, je régresse et prends des coups, et plus grave, autour de moi mes proches aussi retrouvent ou découvrent la mordeuse plaintive que je fus.

Tenir, encore un peu … Garder le cap. Et espérer ne pas faire trop de dégâts, ne blesser vraiment personne, et arriver plus entière au lendemain.

(Parfois, cette écriture en demi-tons me pèse. Bientôt peut-être, je parlerai plus clairement des lectures qui me guident vers là où je crois que je m’attends)

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