Archive for Delices et orgues [pas de deux]

L’amour fou est improbable

Il m’est arrivé comme ça, au coin du museau, alors que non, je n’étais pas prête, je n’en voulais pas. Je n’ai même vu qu’il débarquait dans ma vie, ce jour-là, même pas pensé qu’il y laisserait une quelconque trace. Si je l’avais cru, au chaud dans le refuge de mes amours d’alors, je l’aurais chassé. Mais ce grand gamin monté en graine, avec ses gestes déjà doux, cet homme aux allures d’enfant, je ne m’en suis pas méfiée. Juste un peu agacée par la beauté qu’il m’imposait, qui éclaboussait tout et dont il semblait ne pas se rendre compte, ce que je trouvais un brin pédant.

Mais quand même, vite oublié ce beau garçon à la confidence blagueuse, à la complicité trop facile. Et quand il a toqué à ma vie, juste pour me parler, juste touché par mes mots – oui les mots que je confie à mon écrivailloir, qu’il avait lu – je n’ai pas eu peur non plus. Amusée, mais pas charmée.

Et il ne m’a pas charmée, n’a rien essayé. Lui non plus n’avait pas vu en moi ce que je serais pour lui. Comment aurais-je pu me méfier d’un homme qui avoue dormir dix heures par nuit, ne jamais faire de sport mais envisager la musculation, ne boire que de l’eau (et du lait-fraise à de très grandes occasions), vouloir porter des bretelles et savoir chanter le thème de Mononoké en japonais ? Mon petit frère, disais-je. Mon fendilleur, dirais-je bientôt, après qu’il eut commencé à percer ma carapace, à réveiller le cri de ce que j’avais voulu enfouir dans le mutisme.

Mon amour. Tout d’un coup ce fut là, total, inexorable. J’avais respiré ses cheveux et la certitude avait tout empli. Et aujourd’hui cet homme improbable, le plus farfelu, le plus inattendu des êtres qui font le monde nécessaire, grandit, sans perdre son enfance. Il prend doucement confiance en sa beauté – ce que j’appelle sa beauté, qui est son identité même, transparaissant – et il ne me semble plus pédant alors qu’il est moins incertain.

Tu veux une autre improbabilité, l’homme de la lune ? Tu veux vivre avec moi.

(Réponse à un questionnaire proposé par l’homme de la lune, « Cinq choses improbables le concernant ». Ceci est donc une note rigolote et superficielle.)

Publicités

Comments (2)

Vingt-cinq

Il y a quelque chose de maternel dans l’amour des femmes.
Aujourd’hui, cette date symbolique me rappelle que même si tu grandis chaque jour à m’en faire exploser le coeur de fierté, même si l’enfance en toi me séduit autant, tu es un homme. Peut-être grâce à cela, justement.
Je suis reconnaissante à chacun de ces jours d’avoir fait de toi qui tu es.
Si tu n’aimes pas les dates, j’aime les rituels, et je suis heureuse de passer ton anniversaire à tes côtés.

Comments (2)

Cocon

Au retour de jours douillets … Deux jours et trois nuits dans la chaleur de ses bras, pas mécontents au fond des trombes d’eau qui excusent notre envie de rester entre ces quatre murs. Deux jours et trois nuits de murmures, de silences, d’éclats de rires et de chansons à deux voix ; des heures devant nous, pour, alanguis, se laisser rêver à nos projets, pour que la cuisine mijote, que le pain lève, que les sucs se mélangent et réduisent … Des heures où rien n’est crucial sauf le contact de nos peaux, où rien n’est urgent sauf le désir et les baisers, où l’on oublie le temps pour mieux le savourer.

Je sais bien que ce n’est pas ça ma vie.
Non : je sais bien que ce n’est pas que ça ma vie. Que je dois me porter vers de plus amples projets que cette tendresse, que le repos miraculeux que m’offrent ses bras, que les plages de merveilles tout contre son torse … Je sais combien il est dangereux de se laisser aller à une telle douceur, à une telle langueur, à l’intimité comme idéal. J’ai déjà sacrifié un amour pour l’apprendre.
Je sais qu’ici sont ma halte et mon repos, l’endroit où je nourris mes forces, où je cisèle mes volontés, mais que le combat vital est ailleurs. Que je dois sentir ma colonne vertébrale, et non m’appuyer sur la sienne, si solide et amicale soit-elle. Je sais que notre vie à deux saura être plus que cela seulement, qu’elle franchira le cadre accueillant de notre amour à tous les deux pour aller vers. (Vers quoi ? Je n’en suis pas bien sûre encore)
Je sais aussi qu’il me faudra trouver mes chemins, à côté des siens et non dans ses ornières, qu’il nous faudra être vigilants, y consacrer autant d’énergie que nous nous donnons de tendresse.
Je ne sais pas si tout cela aura lieu, mais je crois que c’est possible. Et que l’escale de ces deux jours et trois nuits est de celle qui ne promettent rien mais permettent tout aux lendemains.

Laisser un commentaire

D’une gare à l’autre

Il y a quelques mois, sur ce même quai, chaque semaine ou presque, je me serrais contre lui, respirant son odeur comme pour la dernière fois, avant de m’en arracher, de m’enfuir en courant presque, sans me retourner, de peur de ne plus savoir partir. Les yeux mouillés je marchais dans la ville, les pensées éclatées, retrouvais des gens à qui sourire, avec qui faire comme si je n’étais pas restée là-bas, à l’attendre sans l’espérer. Plus nue que ma peau, mes doutes me tenaient froid.

Aujourd’hui, je l’accompagne sur ce même quai, et toujours son odeur m’enchante et me nourrit, et toujours j’enfouis mon visage contre son cou, et toujours il part et il me manque. Mais je souris en revenant chez moi, et la hâte de sentir de nouveau son souffle et sa peau me gonfle de bonheur parce que j’ose y croire, parce qu’il m’offre un foyer entre ses bras, parce qu’il rêve des songes amis des miens. Alors, en m’éloignant du train, je me retourne et reçoit le baiser qu’il m’envoie.

Comments (1)

Tenir à la vie

Il est bientôt 19hoo, mon train va entrer en gare. Après une heure et demie passée dans son estomac, je ne suis pas mécontente de retrouver Toulouse …
Les champs ont fait place aux immeubles, qui défilent de plus en plus lentement, puis s’immobilisent. Tiens, c’est étrange, on n’est pas tout à fait en gare.

« Mesdames et messieurs, suite à une alerte à la bombe, la gare de Toulouse est actuellement évacuée. Nous sommes arrêtés en pleine voie, veuillez pour votre sécurité ne pas tenter de descendre. Nous vous tiendrons au courant dès que nous aurons de plus amples informations. »
Bon, je préviens ma coloc de mon retard, je reprends mon bouquin. On est le 11 septembre et la parano règne. Moi que tout effraie dans la vie, je n’ai pas de ces peurs là, d’une mort brutale et si peu probable.

Sauf que cette fois, je voudrais l’appeler, pour lui dire encore une fois comme il a tout changé pour moi, en moi. Je ne le fais pas. J’ai peur de l’ennuyer, et puis le scénario embaume le mélo. Et, si je lui décris la situation, il va en être inquiet.
Sauf que cette fois, en pensant à lui, l’angoisse est montée, insidieusement.
Je ne l’ai pas appelé, le train est reparti, il ne s’est rien passé.

Sauf en moi, cette interrogation : aujourd’hui, à cause de lui, grâce à lui, tiendrais-je à la vie ?

Comments (4)

Peter Pan

Pourquoi ne l’ai-je jamais appelé ainsi ?

Charlie Chaplin, Monsieur Malaussène, ange, faune, il a eu tous les surnoms des hommes-enfants nés de la grâce et du hasard, mais pas celui-là.
Ce n’est pas qu’il refuse de grandir, c’est que l’émerveillement et une sincérité un peu grave le maintiennent au seuil de l’adolescence, juste avant la gaucherie. Il peut être blessant, quand son innocence déborde, mais la cruauté lui est étrangère, intimement incompréhensible.
Lui aussi vole des baisers sans l’avoir voulu, sans même le voir. C’est comme ça qu’il m’a ravie, par erreur ou par étourderie. J’ai croisé sa route.
Egoïste ? Non. Mais centré, apprenti habitant de notre monde et de son propre corps, qu’il semble trouver un peu mal ajusté, un peu trop grand, trop lourd pour son éclosion toute neuve.
Et dans cet enfant, tout ce que j’espère d’un homme …

Laisser un commentaire

Billet tourneboulé

Retour en haut à droite. L’appel du passé, depuis le gros classeur qui renferme ma correspondance adolescente, de seize à vingt ans. Lettres de Pas, de mes amis d’alors, poèmes inspirés d’Aragon, de Senghor, et même un début de roman « dunien » … et ses lettres à lui.

Il est temps de me confronter à moi-même, à celle que je fus. J’ouvre le classeur. Je lis les mots, ses mots. Lettres magnifiques, folles, brûlantes, gorgées d’amour et d’espoir fous, totaux, embrassant le futur, passant au travers de toutes les contradictions. Lettres d’amour et d’humour mêlés, si pleins et si entiers que mes questions, loin de s’apaiser, redoublent.

Que nous est-il arrivé ? Qu’est il arrivé qui ne puisse se reproduire ?

Dire que j’ai peur serait un mi-mensonge. Je suis détachée comme devant un désastre qu’on n’a su éviter, fataliste après coup. Abîmée : dans l’abîme.

Il faut, il me faut, comprendre.

Comments (2)

Older Posts »