Archive for Ciel et racines [écologie]

Le droit au chemin

Rapoza s’interroge dans son dernier billet sur la différence de rythme entre elle et son homme dans le processus de simplification volontaire. Cette différence de rythme, qui existe très souvent dans les couples simples-et-volontaires que j’ai pu rencontrer, crée en effet des tensions : réticence et frein de la part de celui qui est “entraîné”, frustration de la part de l’autre, qui souvent est “l’inventeur” du processus au sein du couple.

Je ne vais pas tenter de donner ici des conseils, j’ai l’impression que l’homme de la lune et moi sommes incroyablement proches sur ce plan, mais cette impression est d’autant plus facile (ou trompeuse) que nous ne vivons pas ensemble, et n’avons donc pas à décider en commun du quotidien. Et puis, avec ma colocataire actuelle (absolument pas simple-et-volontaire), le dialogue n’a tout simplement pas été possible, donc je suis très mal placée pour donner des conseils à qui que ce soit (ça ne m’empêche pas de penser qu’il faut dialoguer, heing !)

Par contre, il y a quelque chose que j’ai entendu dans une réunion d’une asso écolo, et qui m’a fait énormément de bien (et aussi penser à Aventurine, mais c’est une autre histoire). Une jeune femme disait (en gros) : “Quand on dit qu’on est écolo, les gens ont des réactions étranges. Ils vous regardent de haut en bas, et vous disent, par exemple : “Mais pourtant, tu es venue en voiture ?”. Comme si, pour avoir le droit de croire en quelque chose, il faudrait être parfait dans son application. Et je crois qu’en fait, quand on fait cela, on se refuse le droit à l’utopie, c’est-à-dire qu’on se refuse le droit au chemin.”

Accordons-nous, accordons à nos proches, le droit au chemin …

Pistil, objectrice de croissance, venue en voiture, convaincue qu’il faut acheter local, mais ne sachant pas se passer de chocolat … (et coetera !)

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Omnivore

Dans le billet précédent, je disais, sous forme de boutade, être carnivore. C’est faux, évidemment : je suis omnivore. Je mange du végétal et de l’animal. Des plantes et des bestioles.

La ligne simple s’agite (et que j’aime ce bouillonnement) ces derniers temps sur la question de l’alimentation en général et du végétarisme en particulier. Beaucoup se sont émus des conditions d’élevage et d’abbatage des animaux que l’on mange.

Ca va sans dire – mais ça va mieux en le disant – je respecte tout à fait le choix du végétarisme. J’explique simplement pourquoi il n’est pas le mien.

A la lecture de ces billets sur différents blogs, puis d’articles et de fils sur mes forums préférés, plusieurs raisons d’être végétarien surgissent.

Par goût, tout d’abord, ou par dégoût (ou mauvaise digestion) de ce qui est carné. Ma foi, c’est une raison que je peux comprendre, mais que je ne partage pas.

Par raisonnement écologique, parce que l’élevage d’une bestiole destinée à être mangée “consomme” énormément – elle mange la bestiole, et la production de ce qu’elle mange pollue le plus souvent, et en plus on pourrait nourrir des humains avec ce qui la nourrit. C’est un argument auquel je suis sensible, et une des raisons qui me pousse à diminuer ma consommation de viande. Néanmoins il me semble – je recherche des études chiffrées, si vous en avez sous le coude – que les problèmes de malnutrition ou de dénutrition ne proviennent pas d’une faiblesse de la production de nourriture, mais d’un problème de gaspillage et de répartition. Autrement dit, j’imagine (peut-être à tort, et dans ce cas dites-le moi) que si l’on répartissait équitablement entre tous les humains les “ressources comestibles”, chacun aurait droit à son bout de viande.

Par un sentiment de sacré envers la vie – qui rendrait sacrilège de tuer pour manger. L’argument qui m’est le plus étranger je pense. En “léger” cela donne les “sarcophages”, c’est-à-dire ceux qui ne peuvent manger de la viande que si elle ne fait pas penser à l’animal d’où elle provient (donc pas de poisson entier ni de tête de veau … par exemple). En plus approfondi, ça peut mener au végétarisme (refus de manger de la chair animale), ou au végétalisme (refus de toute alimentation d’origine animale), ou au véganisme (refus de porter du cuir par exemple). Bon, là-dessus, j’ai le même sentiment de sacré devant une ortie ou un trèfle que devant un poussin. Et je m’inscris dans une chaîne alimentaire, comme un autre animal.

J’ajoute que dans ce cas, il me semble que la cohérence c’est d’aller jusqu’au véganisme, ce qui me semble bien compliqué – ce qui n’est bien sûr pas un argument pour ne pas le faire, si ce sont réellement vos valeurs. Bonne chance sur cette voie que je devine difficile si c’est votre cas …

Par refus de cautionner des méthodes d’élevage et d’abattage cruelles. Cela me semble tout à fait sensé. Je me souviens d’un témoignage de Pierre Rabhi, racontant sa visite à un éleveur de cochons, fier de présenter une méthode de sanglage de la truie qui permettait à tous ses petits de se nourrir en même temps, tout en la ligotant à quelques cm au-dessus du sol et en l’empêchant de toucher ses petits. J’avais été choquée de me rendre compte qu’il fallait que l’auteur insiste sur cette souffrance animale pour que je la voie.

Je ne nie pas que contrairement aux autres animaux nous avons une conscience et donc une responsabilité dans notre implication dans la chaîne alimentaire. Je ne refuse pas de manger de la chair animale (ni de m’en vêtir) ; par contre je refuse tout mauvais traitement, tout gaspillage et toute souffrance animale inutile. Comment ? Pour le moment, juste – et j’ai conscience que c’est léger – en choisissant où j’achète ma viande, en me renseignant sur la façon dont sont traitées les bestioles.

Je suis cavalière depuis quinze ans, j’ai grandi à la campagne, j’ai eu des lapins domestiques – non destinés à la consommation, mais vivant dans le jardin – j’ai trait des vaches … Contrairement à de nombreux cavaliers – c’est relativement récent – l’idée de manger de la viande équine ne me révulse pas. Par contre, par une réaction un peu primaire de “proximité” avec la bestiole, j’aurais besoin d’être davantage rassurée sur les conditions de vie et de mort d’un cheval que pour un porc ou une vache (pourtant j’aime bien les vaches) (mais j’ai peur des cochons). Alors il me semble que pour moi, l’aboutissement ultime de la mise en pratique de mes valeurs ne m’amènerait pas au végétarisme mais à manger des bestioles que j’élèverais. Même si l’idée de mettre à mort puis de manger une bestiole que j’aurais caressée ne m’est pas encore vraiment familière, elle me paraît rationnellement plus sensée que celle de manger de la viande sous plastique d’un animal élevé “hors sol” et qui n’a jamais vu le jour …

Mon chat me regarde bizarrement …

Voilà, j’ai conscience de ce que cette idée peut avoir de dérangeant – mais la dissidence est un joli mot ) Soyez sûrs en tous cas qu’il ne s’agit pas dans cet article de jugement, mais d’une réflexion en cours et sans doute maladroite.

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Comment je mange plus pareil

Si on m’avait dit, il n’y a serait-ce que trois mois, que :

_ je réduirais ma consommation de viande (au sens large) à deux ou trois prises par semaine, moi pour qui un repas a toujours été composé autour d’une viande (ou un poisson ou des oeufs).

_ j’aurais diminué de moitié (au moins) ma consommation de produits laitiers : plus de yaourts, beaucoup moins de boissons à base de lait, et du fromage en quantité limitée

… et qu’en plus je n’aurais pas fait cela suite à une décision, ou pour suivre une résolution, mais très naturellement, au point de m’en rendre compte plusieurs semaines après ce changement, je ne l’aurais pas cru. Chuis une carnivore, moi, d’abord !

Et pourtant, cela s’est fait, en douceur. Parce que j’ai “rencontré” (souvent virtuellement) des gens pour qui la viande n’est pas une composante incontournable d’une bonne assiette, et que j’ai compris que je ne mangeais pas de la viande à tous les repas par besoin ni même par envie mais par pure habitude.

Parce que je n’ai pas de frigo dans mon logement de fonction, ce qui fait deux jours par semaine où par commodité je mange plutôt des légumes et des fruits – plus faciles à transporter.

Parce que je n’achète vraiment plus “tout prêt” (ce que je n’ai jamais beaucoup fait cela dit) et surtout que je n’achète plus en supérette ni en supermarché. Donc ma viande, je l’achète chez le boucher, et les oeufs et le fromage à la crémerie du marché ou au magasin bio, c’est-à-dire quand j’en ai réellement besoin/envie ; et non en prévision de manger ces produits un jour (ce que je faisais avant – et je ne jetais pas, mais je mangeais sans doute souvent “pour ne pas gâcher”). Et que, du coup, je le fais pas quotidiennement – plutôt deux fois par semaine.

Parce que, globalement, mon rapport à la nourriture est en train de changer. “Avant”, je me supposais une digestion paresseuse et capricieuse, sans davantage y prêter attention. Depuis peu, j’identifie (sans avoir décidé de le faire, là encore cela est venu “tout seul”) les aliments qui me troublent l’estomac : carottes crues, noix, noisettes et assimilés, lait.

Et puis je me suis rendue compte que je mangeais bien plus qu’à ma faim, de façon générale. Que mon corps a besoin de bien moins que ce que je lui procure – et qui ne lui fait pas que du bien, loin de là.

Alors voilà, j’ai changé au point d’envisager – cette fois c’est une démarche volontaire – un changement drastique dans ma manière de m’alimenter, sans volonté esthético-modeuse à la clé. Entre autres, je considère autrement la pratique du jeûne (même si je ne suis pas encore passée à l’acte) ; j’essaie de ne manger que lorsque j’ai faim, et non parce que c’est l’heure du repas, et de m’arrêter dès ma satiété, même si elle intervient très vite, sauf en cas de repas convivial ; je m’autorise donc à sauter des repas et à manger en-dehors des repas … et nous verrons ce que ça donne.

Demain, un billet sur pourquoi tout cela ne m’amènera pas, il me semble, vers le végétarisme ; et comment les échos du documentaire sur les méthodes d’abbattage dont il est beaucoup question en ce moment sur la ligne simple me poussent à envisager de manger mon lapin (plutôt que d’arrêter la viande).

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L’ABC de la simplicité volontaire

Je viens de finir un petit-grand livre, l’ABC de la simplicité volontaire, de Dominique Boisvert.

Petit par son nombre de pages, la simplicité de son verbe, sa volonté de modestie.

Grand par son ambition, sa justesse. Tout ce qu’il fait résonner en moi (on se croirait sur la ligne simple !)

Par exemple :

Vivre simplement veut d’abord dire vivre consciemment. Et pour cela, prendre le temps de s’arrêter pour se demander “Qu’est-ce que je veux faire de ma vie ? Quels sont mes objectifs ? Mes priorités à moi ? La vie que je suis en train de mener correspond-elle bien à tout cela ?” […] C’est le sens premier de volontaire dans la SV : identifier ce que je désire réellement, ce à quoi je tiens personnellement, pour ensuite ajuster ma vie extérieure à mes choix intérieurs. La simplification extérieure, qu’elle qu’en soit la forme ou le domaine, devrait toujours être le fruit ou la conséquence de choix intérieurs identifiés consciemment, et non pas un objectif en soi.

Cette cohésion, je la ressens dans beaucoup des blogs que je lis : Caco, Mema, pour ne citer qu’elles …

Mais moi, je sens bien que je me disperse. Que je suis dispersée.

Quelques lignes plus tard, l’auteur propose un exercice tout simple pour connaître sa priorité : gagner au loto (bon, d’accord, imaginer que c’est le cas) :

Allez-vous, après quelques semaines ou quelques mois de festivités, reprendre à peu près la même vie qu’avant ? Ou allez-vous (enfin !) pouvoir changer bien des choses dans votre vie actuelle qui ne correspondent pas vraiment à vos besoins, à vos valeurs ou à vos désirs ? Si tel est le cas, quels seront les changements prioritaires ? Et qu’est-ce qui vous empêche de commencez dès maintenant ?

Puis un autre exercice sur le même thème, en moins réjouissant : supposer qu’on se sait condamné à brève échéance, que ferais-t-on du “temps qu’il nous reste” ?

Aux deux exercices, la même réponse, lumineuse. Je veux écrire. Je veux écrire pour savoir si je saurais écrire. Je veux m’y consacrer, je veux y donner tout mon temps. Je veux n’avoir rien d’autre à faire de mes journées pour ne pas avoir l’excuse facile d’un travail à plein temps, d’un amour à distance, d’engagements dans diverses associations, d’amitiés précieuses à faire vivre, d’un cheval à canassonner … pour remettre à plus tard la confrontation avec l’écriture.

Mais :

j’exerce un travail à plein temps (et à deux heures de chez moi),

l’homme que j’aime vit ailleurs, et le temps passé ensemble est nécessaire et sublime,

j’ai besoin de m’engager (je n’ai que trop été dégagée)

je ne veux plus jamais négliger quelqu’un que j’aime, même pour les meilleures mauvaises raisons du monde,

et mon cheval est quelqu’un que j’aime.

Oh, la discordance …

L’ABC de la simplicité volontaire, de Dominique Boisvert, Editions Ecosociété (Montréal), 2005. A faire acheter d’urgence par vos médiathèques !

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Saint Valentin

– Mmmh

– Tu dors ?

– Moui … Bonjour …

(Qu’il est beau, les yeux tout embués encore des rêves de la nuit !)

– Hey, c’est la Saint Valentin !

– Mouarf … Tu veux être mon Valentin ?

– Oui … tu veux être ma Valentine ?

– Vendu !  Et … c’est bien la seule chose qu’on nous vendra aujourd’hui !

Cette note vous est gracieusement offerte par le comité de résistance à la Saint Valentin commerciale. A tous, une excellente journée !

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Sous le choc

Les petits pas vers la simplicité volontaire m’amènent de plus à plus à réfléchir sur le sens du travail.

Le travail en général, celui qu’on fait pour gagner de l’argent, pour se loger, se nourrir. Le travail dans les pays hypocritement appelés en voie de développement, le travail ici, le chômage aussi.

Les petits boulots que j’ai fait pendant mes études, avec cette fierté que je trouve maintenant en partie imbécile de travailler – même un job sans aucun intérêt, même en étant exploitée, humiliée. Travailler, c’est bien, ça ne se discute pas.

Et puis mon métier à moi, que j’ai choisi, que j’ai conquis, qui m’apprend énormément. Mais que je remets en question, aussi. Où est la limite entre compromis et compromission ?

Le travail des autres, ceux qui osent, souvent en association : cinema d’art et d’essai rural itinérant, médiathèque associative, librairie libertaire, berger, baroudeur, écrivain, paysan. Ceux qui ont tellement noué leur vie et leur travail qu’on ne peut séparer l’un de l’autre, mais dans la joie.

Je pense à tout ça, je lis, je me documente, je discute, je m’interroge.

Et puis cette vidéo, et le malaise, de plus en plus. Je me tortille sur ma chaise, m’échappe à la cuisine me faire un thé, reviens, repars.

A la moitié du film, mon ventre se noue. Je reconnais ce pays plongé dans la nuit, ces paysages qu’on ne voit que quelques secondes. Sur un panneau le nom de la ville où je suis née. Et cette voix, qui pourrait être si douce, et qui est sacadée, emprisonnée dans un rythme mécanique. Les mots insupportables d’une vie insupportable.

La colère et le dégoût mouillent mes yeux.

Ce soir je ne pourrai pas parler du travail. Je ne serai pas rationnelle, je ne réfléchirai pas. Ce soir je vais juste m’efforcer de reprendre le fil de ce témoignage impitoyable, en apaisant les sursauts de mes tripes. Un peu comme lorsque j’avais lu ça. (Bouleversée jusqu’à la fêlure. Mais une fêlure ô combien nécessaire. Merci Caco.)

Et je vais me dire que tant que je peux m’indigner, c’est que je suis concernée. mais aussi que l’indignation seule ne sert à rien sinon à me donner bonne conscience.

Alors quoi ?

Je ne sais pas encore, mais quelque chose en moi a bougé.

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Sans supermarché

Hier au marché, j’ai entendu mon maraîcher expliquer à un autre gourmand pourquoi le radis français est plus savoureux que son cousin italien, et je crois bien qu’on a été à deux doigts de parler kilomètres écologiques. Ensuite, il m’a aidé à choisir mes patates, et il m’a incité à en prendre peu “parce qu’elles sont lavées, donc elles ont tendance à verdir” – il me montre une pomme de terre un peu verte, la met de côté – et m’apprend que si je veux les garder plus longtemps – une grosse semaine – il vaut mieux les prendre terreuses.

Je m’en doutais, que mes patates de supermarché qui ont toujours la même (bonne) tête après un mois d’attente dans la cuisine avaient quelque chose de pas bien naturel …

Il y a aussi mon boucher et sa bouchère, qui me parlent de méchoui, mais aussi de New York, de Boston, de Rome et de la Croatie ; mon boulanger qui m’explique que sa farine moulue à l’ancienne est plus nutritive, et que son pain est au levain et pas à la levure ; ma vendeuse-dépannage-du-magasin-bio-et-équitable qui me suit jusque dans la rue – et me rouvre la boutique quand j’arrive en retard, à ma légère honte – pour finir la discussion sur la presse ; mon concierge qui me raconte un peu ses voyages en Europe et m’aide à porter mon chat ; mon “magasin de proximité” en cas de dépannage extrême où je parle avec le petit vieux des clémentines et des clémenvilles, et avec les gérants de leurs fils …

Le moment des courses n’est plus une obligation fastidieuse dont je me débarrasse le plus rapidement possible, mais un bout de ma vie, et de la vie des autres. Un vrai moment de rencontre. Il faut laisser un peu de temps au temps, avant que la personne en face ne soit plus surprise qu’on lui demande de ses nouvelles, qu’on la salue même dans la rue, qu’on lui pose des questions … mais cela se fait, plus ou moins vite, selon les défenses et facilités de chacun. On s’apprivoise les uns les autres, et surtout : on se regarde. On apprend.

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