Archive for septembre, 2007

Regimbe

Un jour
Un jour je m’attendais moi-même
Je me disais Guillaume il est temps que tu viennes
Pour que je sache enfin celui-là que je suis

[…]
Un jour je m’attendais moi-même
Je me disais Guillaume il est temps que tu viennes
Et d’un lyrique pas s’avançaient ceux que j’aime
Parmi lesquels je n’étais pas

(Guillaume Apollinaire)

Je parlais ici des signes. Il en est un, le plus insistant, que j’ai tu.
Depuis quelques mois, et de plus en plus, le murmure me dit de faire attention à ce que je dis, à mieux peser mes mots, à ce que « ma parole soit impeccable ». A arrêter de me cacher derrière les moqueries, l’ironie facile, le bavardage. A rendre à mes mots leur poids et leur sens, à ne pas les disperser, les gâcher dans leur multitude. Et aussi, de laisser plus d’espace à la parole de l’autre, quelle que soit le contexte, à la fois d’écouter vraiment ce qui se dit, et me mettre en recul par rapport à ce qui est dit, distinguer ce que l’on me donne et ce que cela provoque en moi.
Avancer sur le chemin de la communication non-violente. Me centrer, me solidifier, m’ancrer en moi-même, pour pouvoir laisser enfin leur place pleine aux autres, ne pas me sentir envahie par le trop-plein de leur présence, ne pas m’en protéger maladroitement.

Je sens que je progresse sur ce chemin, que je vais passer bientôt une étape. Et comme cela arrive souvent au tournant d’un parcours difficile, alors que jusque là ma progression, même éprouvante, était continue, tout d’un coup tout regimbe et s’hostile, je régresse et prends des coups, et plus grave, autour de moi mes proches aussi retrouvent ou découvrent la mordeuse plaintive que je fus.

Tenir, encore un peu … Garder le cap. Et espérer ne pas faire trop de dégâts, ne blesser vraiment personne, et arriver plus entière au lendemain.

(Parfois, cette écriture en demi-tons me pèse. Bientôt peut-être, je parlerai plus clairement des lectures qui me guident vers là où je crois que je m’attends)

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Une crise d’angoisse

Avant que quiconque « de-la-vraie-vie » ne s’inquiète, je vais très bien, à l’heure où j’écris je suis même légère.

Je voudrais parler des crises d’angoisses, parce que je devine que cela peut être difficile à appréhender par ceux qui n’en ont jamais eues. Cela fait maintenant six ou sept ans qu’il m’arrive d’en être submergée, rarement, quatre ou cinq fois l’an.

Même si je peux reconnaître une situation ou une période comme potentiellement angoissante, une crise me prend toujours pas surprise. Une crise d’angoisse n’est pas du stress : je suis aussi quelqu’un de stressé, et avant une intervention orale ou un examen je peux être vraiment nerveuse, mais ce n’est définitivement pas de même nature. Ce n’est pas non plus de l’angoisse très prononcée, mais bien une crise, c’est-à-dire quelque chose qui me terrasse et me paralyse presque.

La dernière crise qui m’a traversée a eu lieu alors que je téléphonais à quelqu’un. Si la raison de l’appel était bien une inquiétude, et c’est bien une réaction malheureuse qui a déclenché cette crise, ni l’inquiétude ni la réaction ne sont les causes de la crise. Je ne connais pas les causes d’une crise d’angoisse. Je sais juste que pendant ces moments-là, je suis, sinon immobilisée, du moins très ralentie, comme stupéfaite. Je pleure le plus souvent, sans pouvoir empêcher les larmes de couler, sans sanglots. Il arrive aussi que mon regard se fixe et que j’ai du mal à détacher les yeux de ce que je vois. Je dois avoir l’air halluciné.

Ce qui se passe en moi est bien plus difficile à décrire. Je m’en rapproche en évoquant un sentiment d’impossibilité globale. Un besoin de fuir et une incapacité à bouger. Je suis, plus ou moins, clouée sur place.

Je ne connais pas de remède sûr à une crise. Il me semble parfois que parler ou écrire hâte la fin du calvaire, mais je n’en suis pas certaine.

Que peut-on faire quand quelqu’un de proche subit des crises d’angoisse ? Je n’en sais rien. Le faire parler, le laisser se taire, être là. Surtout être doux. Tout peut blesser quand on est vulnérable à ce point. Et savoir qu’une crise d’angoisse passe, et ne laisse pas plus de trace, une heure après, que la volée de marche qui a essoufflé sur le coup.

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Bon ben voilà …

J’avais écrit une belle longue note sur comment j’aime l’homme que j’aime, ou comment l’amour à travers moi se porte vers lui.

Et puis ma session Internet a planté, et puis l’agencement des mots est perdu.

Et je me demande si, quand on essaie d’être attentif aux signes, celui-là en est un …

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Chez moi

Dans la cuisine, il y avait une table en bois sombre, une table paysanne robuste et brute, sans raffinement mais pas sans beauté.
Sortie de l’école, le plus souvent j’y prenais seule mon goûter ; mon père travaillait à l’étage en-dessous, ma mère n’était pas encore rentrée. Plus rarement, mon père y était installé et lisait, et on parlait un peu, de ces mots économes de l’intimité.

J’y faisais aussi mes devoirs, y apprenais poèmes et leçons. Pas toujours, j’avais mon bureau à moi dans ma chambre, et j’aimais aussi à y être. Dans ce cas, je revenais vers la table si je voulais que mon père me fasse dire ce que je venais d’apprendre. Il me posait des questions, pas comme on vérifierait un travail, mais avec une vraie curiosité de comment tout cela s’agençait dans ma tête. Il m’en disait davantage, et parfois c’était passionnant, et parfois je l’arrêtais, ennuyée de la rallonge de cours. Nous avons prolongé longtemps le rituel, bien au-delà de l’enfance.

Après, nous débarrassions la table (en faisant des tas, surtout de livres et de revues, sur les chaises alentour), ma mère arrivait, ils préparaient le repas, il y avait toujours du fromage, et parfois des amis arrivaient et nous restions sur cette même table jusqu’à tard, la quittant à contrecoeur pour la grande pièce pourtant chaleureuse.

Aujourd’hui, dans cette ville qui ne sait rien de mon enfance, sur une table qui n’est pas à moi, dans un appartement quelconque d’un immeuble banal, dans une pièce qui n’est ni vraiment une cuisine ni vraiment un salon, je me suis attablée pour travailler et je me suis sentie chez moi, presque comme si c’était le grain de ce bois-là sous mes doigts.

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D’une gare à l’autre

Il y a quelques mois, sur ce même quai, chaque semaine ou presque, je me serrais contre lui, respirant son odeur comme pour la dernière fois, avant de m’en arracher, de m’enfuir en courant presque, sans me retourner, de peur de ne plus savoir partir. Les yeux mouillés je marchais dans la ville, les pensées éclatées, retrouvais des gens à qui sourire, avec qui faire comme si je n’étais pas restée là-bas, à l’attendre sans l’espérer. Plus nue que ma peau, mes doutes me tenaient froid.

Aujourd’hui, je l’accompagne sur ce même quai, et toujours son odeur m’enchante et me nourrit, et toujours j’enfouis mon visage contre son cou, et toujours il part et il me manque. Mais je souris en revenant chez moi, et la hâte de sentir de nouveau son souffle et sa peau me gonfle de bonheur parce que j’ose y croire, parce qu’il m’offre un foyer entre ses bras, parce qu’il rêve des songes amis des miens. Alors, en m’éloignant du train, je me retourne et reçoit le baiser qu’il m’envoie.

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Juste pour dire …

Je ne me lasse pas de relire le billet du jour de Chloé

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Des signes

Je navigue à vue dans un océan mouvant de signes cachés par leur évidence. Parfois je les devine, parfois non. Je ne suis pourtant pas une coquille de noix que le destin trimballe, je décide d’être attentive au monde, à l’écoute de ses clins d’oeil, de ses secrets, de ce qu’il veut me révéler de sa beauté et de moi-même.

Une conscience particulière pour me rendre disponible à ma vie. A l’heure où je sens que le chemin que j’avais cru choisir vacille sous mes pas, je retiens mon souffle pour mieux me concentrer.

J’écoute …

(Qu’en ressort-il ? Pour le moment, Jacques Lusseyran, des brebis sur les causses, un grand amour, de l’air, du vent, du soleil et du corps, des livres et un enfant aux yeux clairs)

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