Archive for juin, 2007

Billet corporel

Lorsqu’une femme ne vit pas suffisamment avec son corps, le corps finit par lui apparaître comme un ennemi. Milan Kundera

Le rapport au corps – mon rapport à mon corps mais en général, le rapport de tous à leur corps – m’intéresse. Lors de mon adolescence forcément boutonneuse et tourmentée, j’ai souvent demandé à mes amis de se décrire physiquement – je les avais sous les yeux, mais j’étais curieuse de comment eux se ressentaient, s’imaginaient dans leur chair.

Encore aujourd’hui, il m’arrive de jeter des gens dans l’exercice, et je suis frappée à chaque fois par le nombre de données factuelles et dispersées qu’on donne pour se caractériser taille, poids, longueur des cheveux, couleur des yeux … De plus, ce qu’on livre de soi est rarement ce qui nous caractèrise vraiment, ce qui nous distingue d’un voisin aux mensurations cousines. Comme si on avait du mal à se voir comme un ensemble, comme un tout. En même temps, il faut avouer que la gymnastique est difficile.

J’aimerais savoir dessiner, et mettre sous vos yeux, mais surtout sous les miens, Zelda telle que je la vois. Je ne sais que jouer avec les mots – à moins qu’ils ne se jouent de moi – et c’est par ce biais que je m’essaie à l’exercice avec lequel j’ai souvent torturé mes proches.

Je suis solide, ancrée dans la terre, les épaules larges, les mouvements sans doute un peu rustres. Il y a en moi quelque chose des générations de paysans qui ont formé la famille de mon père, terrienne plus que sauvage. Ma peau très blanche se tanne peu, et marque beaucoup : je suis couverte de minuscules cicatrices, plus blanches encore et plus lisses que le grain de ma chair.

J’ai les attaches fines de ma mère, le nez cassé de mon père, les yeux bleus de leur mélange. La bouche petite, une lèvre pleine, une lèvre fine.

Une ossature fine qui s’alourdit aux endroits féminins : la chair chaude s’y amplifie, encombrante. Je ne suis pas grande, mais je me sens grande. Un peu trop droite, un peu trop raide. Pas assez déliée.

Je m’assieds souvent en tailleur, les pieds nus, les ongles des orteils un peu trop longs. Quand on m’offre une fleur ou une plume, elle se perche sur mon oreille pour égayer mes cheveux courts et mon minois austère. Le rouge me vient facilement aux joues.

Je suis la fille qu’on ne remarque pas, sauf à sa voix qui porte, ou quand elle s’enflamme dans une conversation. Et cela me convient.

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Billet pour le souvenir

Ce corps-là, cette peau-là, devant moi, sont ailleurs que dans le trouble du désir.

Je caresse son dos, pulpe nue contre pulpe nue, je dessine le saillant des omoplates, suit les bosses de la colonne vertébrale, m’attarde sur la chair tendre des flancs. Il y a dans mes gestes la même intimité évidente et étrange des infirmières pour les malades, des femmes pour les enfants en pleurs. Inconnus, nous sommes à notre place et cédons devant la nécessité.

Cette peau-là, désaimée, ou plutôt a-aimée, à aimer, meurt de désarroi. Je suis seule devant elle et je peux la sauver. J’oublie alors d’être pétrifiée par la beauté de son abandon, j’oublie le risque de cette intimité, j’oublie tout ce qui n’est pas ce corps avide et vulnérable sous mes doigts.

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Billet apaisé

Dans ma chambre toute jaune

Vide

Tu es partout.

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Billet furieux

J’éclate ma colère, je fracasse mon chagrin, quand tout sera dévasté, il ne restera que moi.

Ne m’approchez pas, je vous ferais mal. J’ai besoin d’être mauvaise, je mords la chair qui dépasse, elle se déchire sous mes dents. Ma fureur me dépasse, déplace les limites de mon corps : immense soudain, j’enflamme tout ce à quoi je tiens, je le hache, le brise contre mes blessures.

Seule je me livre au combat, non plus contre ma rage mais en elle, je la laisse m’emporter, me guider.  Son enivrement est  de ceux dont on se réveille le coeur en miettes. Au moins aurai-je été grise de quelque chose.

De très haut, un oiseau à l’oeil froid observe le tumulte.

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Billet balancier

Bien sûr il y a ses silences et mes fuites, vinaigre sur nos blessures.

Mon rythme saccadé, sans reprendre mon souffle, cascade qui court avant que de penser ; et sa saudade, lente et impérieuse, d’un calme intense, nécessaire.

La lutte épuisante qu’est de vivre sans lui en lui faisant une place qui ne soit pas un vide.

Le vide de l’avenir qui déchire le présent, la peur pour compagne de route, la perspective d’une catastophe peut-être.

Mais.

De l’avoir vu une seule fois, une immense tendresse monte en moi et déborde sur tout, les mémés à caniche et les jeunes au djumbé, les dragueurs du dimanche et les automobilistes pressés, les amis et les indifférents, les rêveurs et les conformistes, tous me paraissent bouleversants avec leurs failles et leurs certitudes, humains à couper le souffle.

Mais sa beauté qui rend toute desespérance absurde, le désir de lui physique comme une faim, son regard où j’ai osé renaître, son enthousiasme de petit garçon et sa gravité d’homme.

L’entre-deux : là où les utopies naissent.

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Billet digestif

Ce qui est amusant, avec mon pseudorégime – qui consite juste à reprendre de bonnes habitudes perdues – c’est que le fait de limiter mes objectifs me pousse à les dépasser.

C’est pas clair ? C’est normal. J’essplique.

Le premier objectif, c’était juste d’arrêter de sauter des repas.  Mais du coup, j’avais déjà tendance a ne plus grignoter. Et quand j’ai « enclenché » le deuxième objectif (ne pas grignoter), j’ai renoué tout naturellement avec les cinq tibétains (sauf que je n’en fais que quatre, j’aime pas le premier), qui fait partie du 4eme objectif.

Par contre je suis à peu près sûre que si je m’efforçais de tout faire en même temps, je n’y arriverais pas.

Bilan de la première semaine sans grignotage plutôt positif : j’ai parfois gouté ou petit-déjeuner, pas toujours. J’ai quand même léché les plats en faisant un gâteau au chocolat, et j’ai sauté un repas hier pour cause de concert-queue d’une heure a la sandwicherie-tombée dans les bras de Morphée au retour ; mais dans l’ensemble je suis contente.

Mon corps et moi sommes en meilleurs termes que depuis des mois – la perte de poids est minime, mais loger dedans bien plus agréable.

On persévère cette semaine avec un objectif en plus : plus de légumes (cuits si possibles, dit la nonmaishopathe) (je vais faire ce que je peux docteur mais quand même on est en été).

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Billet dialogué

Moi : Mais je sais pas du tout quoi offrir comme service au SEL, à part du baby-sitting …

E. : Ben la cuisine, non ? Tu es une super cuisinière !

Moi : Euh … Tu n’as jamais goûté ma cuisine !

(rires de l’assemblée)

E. (sérieuse) : Non mais on m’en a parlé … et puis j’ai vu tes pots de confiture avec des petits mots …

Moi : Ah, c’est pas de moi ça, c’est l’homme de la lune …

A. : Il fait des confitures ton mec ? Mais c’est génial !

Moi : Oui, c’était même mon cadeau de Noël …

E. : C’est vrai ? C’est vraiment bien ça …

Moi : Oui, ça surprend un peu, mais c’est chouette … Enfin ça fait bizarre à dire « Qu’est ce que t’a offert ton homme ? » « Des confitures » !

A. : Attends, moi je trouve ça trop bien! Tu trouves pas toi ?

M. (après qu’on lui ait réexpliqué) : Ah oui c’est clair, moi j’adorerais …

Moi (essayant d’être discrète, à l’oreille de M.) : Mais tu sais, être-ange, c’est un super-héros …

Le trio en choeur : ON SAIT !!!

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