Archive for mai, 2007

Amoureuse

Il ressemble à un Charlie Chaplin nonchalant, ou à un Fred Astaire hésitant. Quand il s’endort, tous les muscles sous la peau fine de ses paupières tressautent puis se détendent, autant d’infimes tremblements de terre. Captivée, je suis captivée.

Ses yeux noisette brillent parfois de paillettes or et vert. Et quand il chante, un timbre secret, plus rauque, affleure sous sa voix quotidienne. Toujours un rythme au bout des doigts, des lèvres.

Ses ailes ont pris de la force, pendant de longs mois de caresses et d’encouragements. Il est prêt à s’envoler.

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Vivante

C’est la saison des myosotis, des coquelicots et des cerisiers en fruits. Le basilic sur mon balcon et le premier melon de l’année mêlent leurs odeurs.
De nouvelles amitiés bourgeonnent, timidement, d’autres se consolident.

On m’a offert un vélo rose chamallow.

J’ai imaginé, avec d’autres, la fusion du couchsurfing, de freecycle et des SEL. On a rêvé …

Mon très aimé Aragon dit « Il n’y a pas d’amour heureux ». Peut-être n’y a t’il pas de poème possible sur le bonheur (contre-exemples bienvenus) … Je n’ai pas grand-chose à dire.
Rien n’est parfait, tout est mouvant, fragile, instable et je ne suis pas exempte de chagrin, de colère, de contrariétés. Mais que la vie que je vis est belle !
Merci à ceux qui me rient au nez quand je leur avoue mes pires craintes, mes décisions déchirantes bien qu’hypothétiques, faisant faillir en moi le pessimisme. Merci à ceux qui les prennent au sérieux et me rassurent. Merci à ceux qui me disent que je les touche, qui m’offrent leur sourire, leur sincérité. Merci à Lili d’être heureuse. Merci à ceux qui sont loin et essaient de se souvenir que mon silence est très aimant. Merci au Taffreux de m’avoir mis les yeux au ras des herbes. Merci à tous ceux qui partagent ma vie.

(Cette bafouille a peut-être été écrite depuis Cuculand)

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Prétentieuse.

Dans un roman écrit en 1945, le récit de quelques minutes d’une soirée très belle, très étrange et très effrayante d’il n’y a pas un an.

Et la chose dite, il écouta descendre la pierre dans le puits. Loin, bien loin. Que lui importait maintenant Armandine, et le « C’est donc ça ! » qu’elle laissait échapper ? Il était seul, seul dans la pièce et dans l’univers, il n’écoutait plus que cet abîme en lui, il n’écoutait plus que lui-même, le mot lâché, le mot immense et soudain … Il venait de choisir sa route, subitement. C’était sans appel. Il en avait décidé. L’amour. Ce serait donc l’amour. C’était l’amour. Un bouleversement total, une agitation intérieure. L’amour. L’étrange nouveauté de ce mot lui serrait le coeur. Il détourna la tête et regarda le feu. Le feu, les flammes. Des détails infimes de la bûche ardente, avec une frange de cendre blanche sur le bord grillé, l’intéressèrent au-delà de la raison. Et très doucement il retrouva le nom, puis le visage… Bérénice…

(Aurélien, d’Aragon)

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Jongleuse

 

J’ai déjà parlé ici et là de ma dispersion, de mon vide au centre.

Ces derniers temps, incapable de ralentir, j’ai ajouté d’autres balles dans mon jeu. De nouvelles amitiés, de nouveaux projets, de nouveaux engagements … Plus vite, plus vite, plus haut …

Patatrac. Tout cela ne pouvait marcher que si rien ne dépassait, si aucun accroc n’apparaissait. Il a suffi qu’une des balles tombe pour que les autres m’échappent.

J’ai déserté dans l’insomnie, puis dans le sommeil. Rien n’était cassé, sauf moi, peut-être. Plus l’agilité, plus l’envie. Jours étranges où je riais en public pour mieux pleurer sitôt une maigre solitude retrouvée. J’ai arrosé le bitume, rien n’y a poussé. Encore.

Aujourd’hui je me relève. Plus fragile, moins confiante. Mais je me relève.

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Se souvenir des belles choses

Dans un roman écrit en 1945, le récit de quelques minutes d’une soirée très belle, très étrange et très effrayante d’il n’y a pas un an.

Et la chose dite, il écouta descendre la pierre dans le puits. Loin, bien loin. Que lui importait maintenant Armandine, et le “C’est donc ça !” qu’elle laissait échapper ? Il était seul, seul dans la pièce et dans l’univers, il n’écoutait plus que cet abîme en lui, il n’écoutait plus que lui-même, le mot lâché, le mot immense et soudain … Il venait de choisir sa route, subitement. C’était sans appel. Il en avait décidé. L’amour. Ce serait donc l’amour. C’était l’amour. Un bouleversement total, une agitation intérieure. L’amour. L’étrange nouveauté de ce mot lui serrait le coeur. Il détourna la tête et regarda le feu. Le feu, les flammes. Des détails infimes de la bûche ardente, avec une frange de cendre blanche sur le bord grillé, l’intéressèrent au-delà de la raison. Et très doucement il retrouva le nom, puis le visage… Bérénice…

(Aurélien, d’Aragon)

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