Archive for janvier, 2007

Albert Jacquard

Une des formes actuelles de la compétition est le culte de la vitesse. Comme si la vitesse était en soit une valeur ! Le plus grotesque est d’avoir introduit ce culte à l’école en adulant l’enfant qui comprend vite. A la vérité, aucune compréhension profonde n’est rapide. Celui qui comprend vite est celui qui est incapable de se rendre compte qu’il n’a pas encore vraiment compris.

Pour une fois, moi la bonne élève qui ait toujours supputé que je ne méritais pas mes mentions et mes premières places, je m’accorde le droit d’aller lentement, de trébucher, de disgresser, de regarder voler les mouches, de ne pas être la meilleure, de ne pas penser en terme de compétition, pas même avec moi-même.

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Souvenir

Juin dernier. Il y a sept mois. Depuis quelques semaines je me dépouillais de ma vie, sans savoir vers où j’avançais. De plus en plus nue, pour une renaissance que je devinais sans comprendre.

J’ai caressé ton épaule avec ma joue, tu as posé ta main sur mon cou, et quelque chose a commencé. Tu me fais écouter ta musique, je t’invente un monde, nous avons marché des heures, avons invité l’autre dans les recoins les plus précieux de notre enfance, je t’ai regardé t’endormir, nous avons parfois peur de nous perdre, partageons des fous rires, et des silences gênés et des silences tendres, ne sommes pas toujours d’accord et défendons passionément nos points de vue. Tu m’as appris à dire que je suis heureuse, je te fais don de mon regard et tu y mesures combien ta beauté est troublante.

Et maintenant, mes envies de regarder un peu plus loin, de savoir ce que nous voulons. Et toi qui te cabre quand je piaffe d’impatience.

La vie, riche de ses peurs, de ses contradictions.

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Déplacer les magies

(Cette note n’a, en apparence, pas grand-chose à voir avec la simplicité volontaire. Quoique ?)

Hier une amie me disait qu’elle croyait en la magie. Le spiritisme, le vaudou, la voyance, la réincarnation … « Et toi ? Tu y crois ? »

Réponse spontanée : « Non, je ne crois à rien de tout ça ! »

Et pourtant, je crois à la magie. A vrai dire, je sais que la magie existe. Elle fait partie de notre quotidien, de la façon la plus banale qui soit,du coup presque invisible, et pourtant elle nous est nécessaire, et il faut, ce me semble, y réfléchir quand on ambitionne de changer notre quotidien.

Par exemple, je portais depuis des années une bague en souvenir de quelqu’un que j’aime. Il y a quelques semaines, j’ai compris certaines choses sur cette personne et mon attachement à elle, et dans les deux nuits qui ont suivi, la bague s’est mis à me brûler, littéralement. Pendant la nuit, encore à moitié dans le sommeil, j’ai retiré cette bague. Le lendemain, ma peau, à l’endroit de l’anneau, portait les traces de la brûlure, qui ont mis plus d’une semaine à partir.

Je sais que l’exemple peut faire sourire, dans ce qu’il a de cliché. L’important ici c’est de montrer que croire en la magie ce n’est pas renier les explications scientifiques : oui j’ai dû être remuée par cette conversation, avoir un peu de fièvre, mes doihts ont gonflé … Bien sûr, cela se raisonne. Ce qui ne veut pas dire selon moi que la magie n’existe pas mais qu’elle s’explique.

Autre exemple quotidien de ce que j’appelle la magie : l’effet placebo. Le fait est qu’il y a des cas où des gélules qui ne sont que du sucre font réellement, physiquement, du bien à ceux qui les prennent, de façon tout à fait mesurable. Non seulement ils se sentent mieux, mais souvent, ils vont réellement mieux.

Le rapport (lointain) avec la SV, le voici : souvent, il me semble que ce n’est pas tant la privation d’un objet qui est difficile, mais la perte de la fonction magique qu’il remplissait. Ainsi pour ma douche matinale, « sans laquelle je ne peux pas me lever ». Le fait est que je ne prend pas ma douche seulement pour me laver, mais pour me réveiller, me détendre, me réchauffer, et sortir de mon lit douillet avec la perspective d’un petit plaisir. Là-dedans, il est des fonctions physiques (l’eau chaude réchauffe, en effet !), et des fonctions magiques (me met de bonne humeur), et pour ne pas perdre en confort, il faut à la fois trouver un rituel qui me permette de retrouver ces deux fonctions. Pour le moment, je remplace deux à trois fois par semaine ma douche par un nettoyage au gant, et je me convainc que c’est mon thé qui me réchauffe, et dix minutes gagnées pour une lecture matinale qui me réveillent.

Un des enjeux essentiels de la SV est, à mon avis, de déplacer ces magies.

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Senèque, salade en sachet et confiance en soi

Il y a quelques temps, Mary a écrit cet article qui a éveillé quelques réflexions en moi. Même si comme beaucoup je n’aurais pas utilisé le terme d’assistanat, il me semble qu’elle a mis le doigt sur quelque chose d’essentiel, dans la démarche de simplicité volontaire : la nécessité de (re)prendre confiance en ses propres capacités.

Nous vivons dans une société qui a tout intérêt à nous faire croire que nous ne sommes pas capables de grand-chose.*Dans certains cas, c’est justifié …* L’exemple qui me vient à l’esprit, c’est celui de la salade en sachet. Je me souviens que j’étais en troisième quand cette invention géniale s’est répandue. Je ne faisais guère la cuisine à l’époque, ma mère a adopté le principe, et l’essoreuse à salade a disparu de la circulation. Quand j’ai pris le pli de préparer mes repas, l’habitude était installée, et j’achetais donc de la salade en sachet.

*Mais accouche !*

Ce que je veux dire, c’est que j’ai réussi à me convaincre que laver une salade était compliqué, et que je ne savais pas le faire. A tel point que quand je me trouve devant une salade entière, mon premier réflexe est encore de demander à quelqu’un de s’en occuper !

Comme disait Sénèque *Merci Evene*, “Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles”. *Je doute qu’il pensait à la salade en sachet …*

Et il me semble que dans ma démarche de SV, il y a une foultitude de cas où le plus difficile ne sera pas proprement de faire moi-même les choses que je laissais à d’autres, mais simplement de me rendre compte que je peux faire ces choses moi-même. Coudre un bouton. Faire mes pâtes, mes biscuits (pas mon pain, j’aime trop celui de mon boulanger). Faire pousser des trucs.

Bon, c’est pas tout ça, j’ai une salade à laver moi !

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Les noix de lavage

Au début de l’année (scolaire), j’ai déménagé, et ce fut l’occasion de me débarrasser d’un certains nombre de produits qui m’encombraient, et de changer ma manière de consommer. Entre autres, j’ai laissé derrière moi ma lessive habituelle, ainsi que la lessive pour le noir, le détachant liquide et l’adoucissant. * Comme si tu avais besoin de tout ça, à la base …*

J’ai acheté dans le magasin bio de mon quartier des noix de lavage, dont j’avais entendu du bien. Ce sont en fait les fruits d’un arbre, le Sapindus Mukorossi, c’est-à-dire «arbre à savon », qui pousse principalement en Inde et au Népal, où ses noix sont récoltées, séchées et dénoyautées. Pour la lessive, on met quelques coques de noix dans un petit sac en tissu avec le linge, et c’est parti pour une demi-douzaine de lessive à 30 ou 40 degrés.  

Les points positifs :

* Je n’ai pas constaté d’effets indésirables, mes vêtements sont propres – certains disent que c’est la machine qui lave plus que le produit, je n’ai pas eu l’occasion de tester avec des taches méchantes jusque-là … Mais je suis satisfaite.

* A priori, ce n’est pas polluant. Et les risques d’allergie sont moindres.

* Ce n’est pas cher ; mon sac de noix m’a couté une quinzaine d’euros, et je pense en avoir pour l’année.

* J’aime bien l’odeur, très discrète.

* Je trouve le procédé amusant. 

Le point négatif :

Comme dit plus haut, ces noix poussent sur un arbre au Népal ou en Inde, ce qui me fait penser que ce que je n’émets pas en pollution en utilisant ce produit comme lessive, je le fais indirectement en acheminant les noix depuis tout là-bas ; bref, que ce que je gagne au moment de l’utilisation, je le perds en kilomètres écologiques.

Il me reste donc à réfléchir à l’alternative à la fois écologique et régionale … Quand j’aurai fini mes noix d’arbre à savon.

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Le temps

S’engager dans la voie de la simplicité volontaire, c’est changer son rapport aux choses.  On achète moins, on achète différemment, et on jette également moins. Plus que cela, on remet profondément en cause nos habitudes de consommation, et donc de vie, et la place qu’occupe l’avoir dans notre façon d’être. Cette facette est la plus saillante, la plus abondemment décrite et commentée.

C’est aussi changer son rapport à l’autre : on essaie de s’ouvrir aux autres, de favoriser les pratiques d’échange, d’entraide, de solidarité, en partie parce que nos nouvelles pratiques ont souvent besoin d’être regroupées (les AMAP par exemple), en partie pour le plaisir de la convivialité. Cette facette est un peu moins mise en avant que la première, sans doute parce qu’elle a moins besoin d’être défendue, mais elle est tout de même bien représentée.

En résumé : Moins de biens, plus de liens !

 Cependant, à mon humble *hum !* avis, la simplicité volontaire nous engage aussi à changer notre rapport au temps, ce qui est un changement aussi profond et radical que les autres. De façon très simple et très concrète : en suivant les saisons dans sa consommation de légumes et de fruits, en cuisinant ses gâteaux plutôt que de se jetter sur un paquet tout prêt, en allant à pied (ou à roulettes) plutôt qu’en voiture (ou en moteur), en lisant plutôt qu’en regardant la télé … Ce qui nous incite, je crois, à aller dans le sens de l’exigence : on goûte à des joies profondes plutôt qu’à des plaisirs de surface, et la lenteur devient un gage de “réussite” – mais les mots réussite et échec eux-mêmes changent de visage – plus que la vitesse.

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A mes pieds

J’ai longtemps été hostile à l’idée de me déplacer à pied. Autant il pouvait m’arriver de marcher des heures, pour le loisir de la ballade et surtout de la discussion quand j’étais en bonne compagnie, autant mes pieds me paraissaient un bien piètre moyen de transport. Petite, j’enviais les copains qui habitaient plus près de l’école que moi *c’est-à-dire à moins de cent mètres ?* . Dans ma ville étudiante, j’ai même vécu dans un appart dont la porte était à exactement quatorze pas de celle de ma fac * et s’il y avait eu un bus pour les faire, tu l’aurais pris …*

 

Je me souviens d’ailleurs avoir dit, à une copine qui déménageait à un quart d’heure – à pied !- de la fac, « Moi, j’pourrais pas » … *On dirait le frère du Manu Larssinnet du Retour à la Terre !* Bon, il ne faut pas exagérer non plus, je n’ai jamais pris ma voiture pour aller à la boulangerie – vous avez remarqué le nombre de gens qui le font ? Et qui peinent à se garer, en plus ? – mais c’est juste parce que je n’aimais pas non plus des masses la voiture …

 

Je ne sais pas quand et comment exactement le changement est intervenu, mais aujourd’hui, je privilégie mes pieds à tout autre moyen de locomotion. J’ai l’impression que me déplacer à pied est finalement le seul moyen véritable d’être réellement dans … la réalité. C’est confus * c’est même pas moi qui le dit !* mais c’est l’idée qui a emergée de la discussion lors de ma première réu de décroissance : le fait de se déplacer à pied – ou à vélo ou en rollers ou en skate, mais je soutiens que la marche accentue encore cela, nous fait appréhender différemment et le temps, et les distances. L’autre bout de la ville ne paraît plus si loin une fois qu’on l’a rallié à pied.

Et puis à pied, on croise des gens, on se fait aborder, on a le temps de regarder, on écoute les bruits de la ville, on apprend le nom des rues … On prend le temps. Essayz, pour voir : une heure dans la ville, sans voiture, sans roues et sans roulettes, sans mp3, sans vous presser et sans vous attarder. Faites le même trajet en voiture. Comparez l’état de votre moral.

 

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