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Coïncidence

C’est un sentiment d’une exactitude incroyable. Difficile à décrire, peut-être le mouvement précis de certains artisans, lapidaires, maroquiniers, couturiers, quand il faut couper d’un seul geste rapide, plus fin qu’au millimètre, une pierre, un cuir, une étoffe plus précieux que l’or.

 

Une émotion sans trouble et sans flou, ciselée, cousue à même la peau, qui épouse chacun de ses frissons, chacun de ses souvenirs d’enfance, chacun de ceux à venir, tous les mauvais rêves et chaque moment précieux.

Elle aime de lui tout ce qu’elle sait et ce qu’il ignore, tout ce qu’elle va apprendre et tout ce qu’il taira, tout l’homme intime, secret, caché, frémissant sous le masque, toutes les vérités à venir et chaque mensonge aussi ; et le garçon vivant, fanfaronnant, râleur, blagueur, joueur, celui qui la taquine, qui l’éclabousse, qui la pousse à bout.

 

Comme, peut-être, on aime un poème ou une chanson, à la virgule, à la respiration près, cette interprétation-là et pas une autre, comme on tombe amoureux d’une voix, d’un timbre, celui-là et aucun autre.

Une mère distingue en quelques secondes les enfants qu’on vient de poser sur son sein, et jamais elle ne les confondra.

Cet amour a cette exigence-là de n’être que pour lui, pour lui exactement, sans décalage, sans attente, sans espoir et sans déception, sans creux et sans bosse, sans vide et sans excès. Elle l’aime avec une coïncidence infinie.

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