Je me sens bien ici …

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L’amour fou est improbable

Il m’est arrivé comme ça, au coin du museau, alors que non, je n’étais pas prête, je n’en voulais pas. Je n’ai même vu qu’il débarquait dans ma vie, ce jour-là, même pas pensé qu’il y laisserait une quelconque trace. Si je l’avais cru, au chaud dans le refuge de mes amours d’alors, je l’aurais chassé. Mais ce grand gamin monté en graine, avec ses gestes déjà doux, cet homme aux allures d’enfant, je ne m’en suis pas méfiée. Juste un peu agacée par la beauté qu’il m’imposait, qui éclaboussait tout et dont il semblait ne pas se rendre compte, ce que je trouvais un brin pédant.

Mais quand même, vite oublié ce beau garçon à la confidence blagueuse, à la complicité trop facile. Et quand il a toqué à ma vie, juste pour me parler, juste touché par mes mots – oui les mots que je confie à mon écrivailloir, qu’il avait lu – je n’ai pas eu peur non plus. Amusée, mais pas charmée.

Et il ne m’a pas charmée, n’a rien essayé. Lui non plus n’avait pas vu en moi ce que je serais pour lui. Comment aurais-je pu me méfier d’un homme qui avoue dormir dix heures par nuit, ne jamais faire de sport mais envisager la musculation, ne boire que de l’eau (et du lait-fraise à de très grandes occasions), vouloir porter des bretelles et savoir chanter le thème de Mononoké en japonais ? Mon petit frère, disais-je. Mon fendilleur, dirais-je bientôt, après qu’il eut commencé à percer ma carapace, à réveiller le cri de ce que j’avais voulu enfouir dans le mutisme.

Mon amour. Tout d’un coup ce fut là, total, inexorable. J’avais respiré ses cheveux et la certitude avait tout empli. Et aujourd’hui cet homme improbable, le plus farfelu, le plus inattendu des êtres qui font le monde nécessaire, grandit, sans perdre son enfance. Il prend doucement confiance en sa beauté – ce que j’appelle sa beauté, qui est son identité même, transparaissant – et il ne me semble plus pédant alors qu’il est moins incertain.

Tu veux une autre improbabilité, l’homme de la lune ? Tu veux vivre avec moi.

(Réponse à un questionnaire proposé par l’homme de la lune, « Cinq choses improbables le concernant ». Ceci est donc une note rigolote et superficielle.)

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Le dilemme de l’écrivain

En attendant que grâce à Lady Coccinelle (c’est moi qui le dit), je réponde à de chouettes questions inattendues, allez voir Emmanuelle Urien (enfin, son site).

Pour ceux qui ne le savent pas, quand je serai grande, je veux être écrivain (et même romancière, mais je chipote). Le problème (l’UNIQUE problème bien sûr, ne pensons pas à un manque de talent ou de travail, nous sommes au-dessus de tout cela nous les écrivains qui n’avons rien écrit sauf notre blog, un roman inachevé et les poèmes de nos quinze ans), c’est que je suis avant tout une grande lectrice. Et que ma façon de savoir si j’ai rencontré un écrivain, c’est qu’une fois que je l’ai lu [oui parce que quand je dis « rencontrer un écrivain », ça veut dire lire et aimer et être emportée et relire. Ca veut pas dire qu’on a pris un café en vrai, la plupart du temps], c’est quand je n’arrive plus à écrire parce que je ferais rien qu’à écrire comme lui à la fin.

Par exemple, en première (je crois), on a bossé sur l’oeuvre de Senghor. Olalalala c’est un écrivain, voyez-vous. Et bien en marge de mes disserts sur Senghor, en rouge en bas de la note, la prof m’avait écrit un truc du genre « C’est marrant Zelda (oui on était une petite classe, toussa), tu écris un peu comme Senghor quand tu parles de lui. Tu m’avais fait le même cirque pour Camus, gare à tes fesses au bac« .

Dans ces conditions, vous comprendrez qu’entre écrire et lire, il faut choisir. Ou compartimenter, mais je suis pas très forte pour ça. Et moi, renoncer à lire … Bon, il faudra, pour mettre mon Oeuvre au monde (Notez la majuscule. essentielle, la majuscule.) Mais en attendant de trouver le truc ou de ne plus avoir rien à lire (oui, je sais), je lis.

Et j’ai lu Emmanuelle Urien (enfin, son dernier recueil, j’en reparlerai)
Et je suis pas prête de m’y mettre.

(sauf que peut-être, si quand même).

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Tout ce que tu veux mais pas ça

Allez, je viens si tu veux, on va t’arracher à toute cette laideur blanche, on ira au fond du jardin et on mangera des ours en guimauve recouverte de chocolat comme quand j’étais gamine et que tu adorais ça, je prendrai un châle pour que tu n’aies pas froid et je ne jouerai même pas à te faire peur en grimpant en haut du cerisier, si tu veux … Si tu veux même, je rentre pour de bon et j’oublie les kilomètres que j’ai mis entre nous pour essayer de t’aimer plus paisiblement, si tu veux je reviens et on recommence comme avant, les caresses et les gifles, s’il faut que tu déchires pour savoir que tu aimes alors d’accord, si tu veux pique tes colères de gamine qui me terrifient, si tu continues juste à être là, à ne pas avoir mal, juste à être si pleine de vie, si tu veux on ira au cheval ensemble, et je ne me ferai pas prier pour mettre ma bombe, et s’il faut je ne dis plus de mal d’Anne Sylvestre et je ne soupire plus quand tu compares n’importe quel groupe de rock aux Doors. Si tu veux même je ne me crispe plus quand tu allumes une cigarette, je n’essaie plus d’avoir raison, on repart en vacances à Noirmoutier et puis je te ramènerai en Argentine et je te jure que tu aimeras autant que la première fois, qu’on retrouvera les mêmes gens et que personne n’aura vieilli, quarante ans vous auront juste un peu patinés, pas abîmés, pas trahis, si tu veux même on y retrouvera mon père, s’il faut ça pour te guérir je le ressuscite. Si tu veux j’invente tout ce que tu veux, mais laisse-moi t’arracher à tout ça, je te soignerai avec ton thé si fumé qu’il en est presque imbuvable, je te lirai des bons livres et on caressera les chats, et je m’en fous si tu dis « je t’aime »à ton chien et pas à tes humains, je m’en occuperai aussi de ta bestiole, on ira courir et tu nous suivras en marchant, et tu m’apprendras à jardiner et je ferai un potager devant la cabane, et on retrouvera le ruisseau à écrevisses.

Tout ce que tu veux mais pas ça, pas tes larmes et la supplique dans ta voix qui tremble, pas les appareils surton torse pour être sûr que tu vas vivre encore, pas toute cette laideur, pas ce qui pique et refroidit, pas cette faiblesse qui te ressemble si peu. J’ai du mal à vivre près de toi mais tu es mes vraies entrailles et je ne vivrai pas sans toi.

[Ma mère est entrée à l’hôpital hier. J’ai craché ce texte juste après l’avoir appris. Elle va beaucoup mieux maintenant, elle va suspendre ou diminuer son traitement, ses examens sont normaux. Elle ne sait pas encore quand elle sort, mais les médecins ne sont plus inquiets.]

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Késaco couchsurfing ?

Imaginez une façon de voyager où l’on découvrirait un pays par le regard de ses habitants.

Où on ne se contenterait pas d’aller au restaurant pour découvrir la gastronomie du coin, mais où, d’une part, on irait au restaurant de quartier, connu seulement des indigènes, et puis pour complèter on ferait ses gnoccis avec une mère de famille selon la recette de sa propre grand-mère.

Imaginez être hébergés par de parfaits inconnus, que vous quittez trois jours après les larmes aux yeux, en vous promettant de les revoir, tellement les quelques heures passées ensemble ont été riches.

Imaginez prendre le petit-déjeuner avec les enfants d’une famille habitant un quartier populaire un matin, aller au musée avec un jeune couple l’après-midi, passer la soirée à refaire le monde avec des étudiants révolutionnaires, puis la suivante dans un bar branchouille avec des trentenaires colocataires qui viennent de lancer leur propre boite de comm’.

Imaginez que chacune de ces personnes vous fassent découvrir “sa” ville, ses coins favoris, ses lieux secrets, ses caves à concert ou ses bibliothèques à recoins.

Imaginez d’avoir tellement envie de faire partager ça en retour que vous songiez à déménager dans un appartement plus grand.

Imaginez que vous ne puissez plus envisager de voyager autrement, voir que vous vous demandiez si vous avez déjà vraiment voyagé avant ?

Ca existe. C’est du couchsurfing.

Pour devenir couchsurfer, il faut s’inscrire sur le site. C’est gratuit, et rien n’est obligatoire. On peut ne pas avoir de canapé à prêter, et s’inscrire quand même (il y a une option : “je suis juste libre pour prendre un verre”). On peut ne pas avoir l’intention de voyager, mais juste de recevoir. On peut aussi avoir le temps et le canapé disponibles, mais pas le moral adéquat le jour où on est sollicité par un voyageur, et dire juste (gentiment) que cette fois-là, ce n’est pas possible. On peut mettre sa photo, ou pas. On peut se faire des amis, ou pas (mais c’est plutôt difficile).

Ca me manque un peu d’ailleurs !

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Si je pouvais me mettre en congé de moi

Depuis quelques semaines, le quotidien s’empoisonne dans l’angoisse et l’insomnie.

La faute à la maladie de ma mère. La faute à son traitement. A ses larmes d’épuisement parfois au téléphone, à son découragement, au soutien que de si loin je ne sais  comment lui apporter.

Hépatite C. Ca n’a pas l’air si grave, sauf que le traitement, sur un an, est très lourd. Une injection par semaine, des médicaments à tous les repas. Interféron et ses dizaines d’effets secondaires : fatigue intense, anémie et dépression en tête.

Pour lutter contre tout ça, de nouveaux médicaments : somnifères, antidépresseurs, E.P.O.  Et la pensée qui ne me quitte pas, « ils me l’empoisonnent » …

Mon chemin vers l’écologie m’a fait prendre du recul envers la médecine allopathique. Je ne la renie pas en bloc, je la sais indispensable parfois. Mais la médecine qui combat l’effet secondaire d’une autre me fait peur. Mais la fatigue de ma mère, et l’espoir total, enfantin, qu’elle met dans l’ajout d’une pilule à prendre,  me font craindre le pire sans pouvoir le formuler.

Je m’épuise dans des combats insignifiants, me lever, ranger chez moi, aller au travail. Malgré le bonheur à mes côtés, il me semble souvent que je sombre, épuisée d’être épuisée. Coquille vide sans plus rien à donner, même à elle. Je passe mon temps à chercher le repos, à faire une place pour accueillir l’énergie dont j’ai beoin. Ni l’un ni l’autre ne viennent. Pas le temps pour les autres, je ne vis qu’autour de moi, autour de ma mère. Le reste du monde n’existe que par miracles éphèmères, il ne me touche guère, trahisons infimes et grandes joies m’effleurent sans toucher l’âme, presque toujours.

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Vingt-cinq

Il y a quelque chose de maternel dans l’amour des femmes.
Aujourd’hui, cette date symbolique me rappelle que même si tu grandis chaque jour à m’en faire exploser le coeur de fierté, même si l’enfance en toi me séduit autant, tu es un homme. Peut-être grâce à cela, justement.
Je suis reconnaissante à chacun de ces jours d’avoir fait de toi qui tu es.
Si tu n’aimes pas les dates, j’aime les rituels, et je suis heureuse de passer ton anniversaire à tes côtés.

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