Archive pour septembre 17, 2007

Cinq ans

“L’amour est fort comme la mort”.  (Cantique des cantiques)

J’ai tant de choses à te dire, et si peur de te juger en les prononçant. Je n’en ai ni le droit ni l’intention, et si je le fais quand même, c’est par faiblesse.

L’homme que tu étais aspirait à un idéal que tu n’as pas su atteindre. Au contraire, tu as détruit au moins une fois ce que tu avais construit de plus ressemblant à cet idéal. (Nous t’avons aidé, à le construire comme à le détruire, je ne l’oublie pas.)

D’un côté, le besoin vital, proprement vital, d’être l’homme d’un seul amour, toute ta vie durant, de te donner entier à une seule femme. De l’autre côté, l’incapacité à vivre le couple dans une forme quelconque de sérénité. Le besoin de plus, d’ailleurs, d’embrasement, et la torture de renoncer à ce que tu avais déjà – torture inutile : tu n’y arrivais pas.

Pourquoi écrire cela ? Je l’ignore. Je sais juste qu’aujourd’hui cela m’est possible. Je sais une petite partie des choses que je te dois : la curiosité à l’égard de ce qui vit sous les pierres, la nécessité de renoncer à l’orgueil, ce nez cassé que j’aime autant que je l’ai détesté à l’adolescence, le goût de la joute verbale, la fragilité des hommes.

Je sais que je t’aime même dans ton absence, même dans mon oubli.

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