J’ai longtemps été hostile à l’idée de me déplacer à pied. Autant il pouvait m’arriver de marcher des heures, pour le loisir de la ballade et surtout de la discussion quand j’étais en bonne compagnie, autant mes pieds me paraissaient un bien piètre moyen de transport. Petite, j’enviais les copains qui habitaient plus près de l’école que moi *c’est-à-dire à moins de cent mètres ?* . Dans ma ville étudiante, j’ai même vécu dans un appart dont la porte était à exactement quatorze pas de celle de ma fac * et s’il y avait eu un bus pour les faire, tu l’aurais pris …*
Je me souviens d’ailleurs avoir dit, à une copine qui déménageait à un quart d’heure – à pied !- de la fac, « Moi, j’pourrais pas » … *On dirait le frère du Manu Larssinnet du Retour à la Terre !* Bon, il ne faut pas exagérer non plus, je n’ai jamais pris ma voiture pour aller à la boulangerie – vous avez remarqué le nombre de gens qui le font ? Et qui peinent à se garer, en plus ? – mais c’est juste parce que je n’aimais pas non plus des masses la voiture …
Je ne sais pas quand et comment exactement le changement est intervenu, mais aujourd’hui, je privilégie mes pieds à tout autre moyen de locomotion. J’ai l’impression que me déplacer à pied est finalement le seul moyen véritable d’être réellement dans … la réalité. C’est confus * c’est même pas moi qui le dit !* mais c’est l’idée qui a emergée de la discussion lors de ma première réu de décroissance : le fait de se déplacer à pied – ou à vélo ou en rollers ou en skate, mais je soutiens que la marche accentue encore cela, nous fait appréhender différemment et le temps, et les distances. L’autre bout de la ville ne paraît plus si loin une fois qu’on l’a rallié à pied.
Et puis à pied, on croise des gens, on se fait aborder, on a le temps de regarder, on écoute les bruits de la ville, on apprend le nom des rues … On prend le temps. Essayz, pour voir : une heure dans la ville, sans voiture, sans roues et sans roulettes, sans mp3, sans vous presser et sans vous attarder. Faites le même trajet en voiture. Comparez l’état de votre moral.