Mon corps n’est plus qu’à moi.
Pendant des années, il a été un territoire intime pour deux. Ce n’était pas de la possession ou de la dépossession, c’était la connaissance totale de mon corps par ses mains, ses doigts, sa langue, la familiarité de nos deux peaux qui, avec le temps, avec les souffles, avec les caresses, avec l’amour au milieu de la nuit, avec le sexe furtif entre deux portes, avec le réveil de l’un par l’autre ou de l’autre par l’un, avec les jouissances décalées, avec les orgasmes qui coïncident, avaient fait de mon corps aussi le sien, ma peau sa peau.
Le lien est rompu. Je ne sais plus comment il tremble sous le plaisir, ses lèvres ne sauraient plus comment trouver les miennes sans les chercher, nos frissons seraient à réinventer.
Mon corps est de nouveau à moi, à moi seule. Mes parcelles – creux, plis, ce qui rosit sous le délice, ce qui palpite et devient moite, ce qui vibre et se gorge de chaleur – sont redevenues de ma seule intimité.
Je choisis qui me fait trembler, qui fait fondre le secret caché au fond de mon sexe.
Ce n’est pas une question de féminité. Être l’amante du même homme si longtemps m’a fait découvrir mon corps de femme. Il m’a donné un contour, a dessiné mes courbes, a adoubé mes sens.
Mais aujourd’hui, l’ivresse de pouvoir me donner, à nouveau. De pouvoir être lue, être déchiffrée, que tout en moi se fasse prélude, incipit, prologue.
Un temps pour me réapprendre. Un temps pour m’appartenir.
Plus tard, un temps pour être conquise.